, Paris : l’industrie, rempart inattendu d’une économie francilienne au ralenti

Paris : l’industrie, rempart inattendu d’une économie francilienne au ralenti

, Paris : l’industrie, rempart inattendu d’une économie francilienne au ralenti

On l’avait enterrée avec Billancourt. Pendant trente ans, l’industrie parisienne a été racontée comme un souvenir. Les usines sont devenues des lofts, les ateliers des espaces de coworking. La capitale devait vivre du conseil, de la finance et du numérique. Les derniers chiffres renversent la perspective.

Selon la note de conjoncture publiée fin septembre par l’Insee, l’économie francilienne continue de s’essouffler. Le volume d’heures rémunérées recule de 0,7 % sur un an. C’est la septième baisse consécutive. L’emploi salarié stagne et le chômage atteint 8,2 % de la population active, son plus haut niveau depuis la crise sanitaire. Longtemps mieux lotie, la région dépasse désormais la moyenne de la France métropolitaine.

Dans ce paysage gris, quelques secteurs tiennent. L’industrie est le plus inattendu. Son emploi salarié progresse de 0,2 %, comme au trimestre précédent. Hors automobile, ses heures rémunérées augmentent de 0,5 %. Le chiffre est modeste mais il va à contre-courant.

Le tertiaire, maillon faible

Le paradoxe tient dans l’inversion des rôles. Les services marchands concentrent les trois quarts des heures rémunérées de la région. Ils reculent pour le sixième trimestre consécutif. L’information et la communication, vitrine de la modernité parisienne, perdent encore des emplois. L’hébergement voit ses heures baisser avec le reflux de la clientèle étrangère. Le moteur supposé de la métropole tousse. La pièce de musée, elle, tourne.

Paris intra-muros suit la même pente. L’Atelier parisien d’urbanisme relevait déjà une légère hausse de l’emploi industriel en 2025, quand le tertiaire marchand et la construction reculaient. Le chômage parisien reste le plus bas de la région, à 6,6 %. Il augmente pourtant lui aussi.

Une industrie de sièges et de cerveaux

Cette résistance n’a rien d’un miracle. Elle tient à la nature du tissu. L’industrie représente 7 % de l’emploi salarié francilien contre 12 % au niveau national. Elle génère pourtant 18 % de la valeur ajoutée industrielle du pays. Ce qui reste est ce qui rapporte : aéronautique, énergie, électronique, recherche et sièges sociaux. La désindustrialisation a fait le tri et n’a laissé que les activités les moins délocalisables.

Le trimestre le confirme. Les heures rémunérées dans la fabrication de matériels de transport hors automobile bondissent de 3,6 %. L’électronique gagne 3 % et la production d’électricité progresse aussi, toutes deux portées par la multiplication des data centers. Ironie de l’époque : le numérique fait tourner les usines pendant qu’il supprime des postes dans les bureaux.

La démographie des entreprises va dans le même sens. L’Insee recense 2 320 créations dans l’industrie sur le trimestre. Le chiffre recule après un début d’année proche du record mais reste élevé. Les deux tiers relèvent toutefois de la micro-entreprise. Les défaillances baissent légèrement sur le trimestre et restent stables sur un an.

L’automobile fait exception. Prise en étau entre des normes européennes strictes, des prix élevés et une concurrence mondiale féroce, la filière poursuit sa restructuration. Billancourt n’assemble plus de voitures depuis 1992. La région continue pourtant d’en payer l’héritage.

Reste une question. Une industrie aussi concentrée peut-elle amortir durablement les chocs ? Sa spécialisation fait sa force. Elle fait aussi sa fragilité. Un retournement du cycle aéronautique ou une pause dans l’investissement numérique suffirait à gripper la mécanique. La résilience d’une niche n’est pas celle d’un écosystème. Paris a gardé le meilleur de son industrie. Il n’en a peut-être pas gardé assez.

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